Claude de Saint Vincent est DG des Editions Dargaud. Il est ancien élève de HEC et originaire de Ytrac dans le Cantal
Pour commencer, Claude de Saint Vincent a offert aux membres de l’AABC, participant au déjeuner, un exemplaire du dernier Lucky Luke qui sortira le 28 Octobre 2006 en librairie et dont le texte a été écrit par Laurent Gerra ainsi qu’un exemplaire « Retour à la Terre» tome 2, son coup de cœur découverte pour un jeune talent Michel Lancenot.
Les Editions Dargaud appartiennent au Groupe Media participation contrôlé majoritairement par les familles Michelin et Montagne.
Le groupe comprend les maisons d’édition Dargaud, Kana, Lombard et Dupuis.
Elles ont pour activités : l’édition de bandes dessinées, avec des titres comme Black & Mortimer ou Lucky Luke, la production de films, avec 70 heures de programme pour enfants, et l’édition video, avec Tintin, Babar, Père Castor, etc…
Le chiffre d’affaires de la SA Dargaud est de 160 M€.
1er métier : éditions de Bandes dessinées (BD)
On se souvient de la 1ère parution d’Asterix (1963), dit Claude de Saint Vincent, mais on a oublié le nom du prix Goncourt de cette année là !
Un tiers du chiffre d’affaires « éditions » du groupe provient de la BD.
Quel est le principe de la BD ? C’est un métier de « prototype unique » qui arrive à un moment unique dans un conditionnement unique. La BD constitue un genre littéraire à part entière. La plupart sont des BD d’éditeurs ; mais il y a aussi des BD d’auteur. L’éditeur jour le rôle de filtre : il a le pouvoir de modifier les titres mais pas d’intervenir sur la création.
Les créateurs sont les reflets de leur société. Pendant 20 ans tous les auteurs de BD étaient des enfants « Tintin » . Aujourd’hui les auteurs sont des enfants « Manga » : c’est l’ école japonaise et c’est une autre culture.
La création d’une BD est réalisée par un duo : un dessinateur et un scénariste.
L’histoire s’écrit avant le dessin, comme au cinéma. Une BD représente environ 400 dessins, 400 tableaux dans lesquels les personnages se modifient un peu ou beaucoup. 80% des dessinateurs ont été élèves aux Beaux Arts ou à l’École Estienne.
Réaliser une BD représente un an de travail pour deux personnes.
Pour l’éditeur cela signifie donc faire vivre deux personnes pendant un an avant de commencer à vendre. Dans ces conditions il faut vendre au minimum chaque tome à 10 à 12000 exemplaires pendant un mois. Pour pouvoir amortir les coûts, il faut créer une série : on ne passe au point mort qu’au 3ème ou au 4ème tome.
Il sort 250 BD par mois et le libraire ne peut donc pas toutes les connaître : l’éditeur doit donc faire en sorte que sa BD sorte du lot !
Dans la grande distribution - Carrefour, Auchan, etc… - on ne référence chaque mois que 30 titres de BD. Si par exemple, Achille Talon est 29 ème un mois et si le mois suivant il n’est plus référencé, on peut perdre 40 000 ventes !
En outre le libraire peut exercer un droit de retour intégral au bout de 3 mois : une vente n’est donc pas nécessairement une vente !
La BD n’a pas accès à la publicité télévisée sauf sur les chaînes culturelles.
Le principe du prix unique pour les livres en France est une exception dans le marché libéral, mais c’est aussi une protection car il permet d’avoir un grand réseau de distribution (3000 points de vente alors que le marché du disque n’en compte que 300).
En 2005 on a assisté à une « mangalisation » du marché: 14 Millions d’exemplaires vendus ! Et la prévision est de 18 Millions d’exemplaires vendus en 2007
Dans le groupe Dargaud l’éditeur Kana dispose d’un contrat de licence de 5 ans avec le Japon.
Puis M de Saint vincent évoque le métier de dessinateur : c’est un métier très subjectif, très affectif. Un auteur cherche un Papa, un financier, un psy, une éponge, etc… Un créateur vit seul, n’est pas sensible aux impératifs économiques.
« L’édition est encore un luxe, être éditeur c’est croire en permanence au miracle »
Et Claude de Saint Vincent de donner l’exemple de la BD « le Chat du Rabbin » . Lorsque Dargaud a pris la décision pour la publication - l’histoire paraissait très compliquée – d’aucuns ont dit vous avez une certitude : celle de perdre de l’argent. Or aujourd’hui après la publication des tomes 2 et 3 cette BD connaît un grand succès commercial !
2ème métier: Production de Dessins Animés :
Le Groupe Dargaud dispose de 3 sociétés de productions de films pour enfants lesquels passent le samedi soir ou le dimanche matin.
Il s’agit de titres comme Lucky Luke, Boule et Bill, etc…
Ce métier génère de très importantes retombées sur les ventes d’albums.
3 ème métier : Vente produits dérivés
Claude de Saint Vincent cite l’exemple de Total : les promotions de l’été ont porté sur la serviette Gaston La Gaffe. Il cite aussi l’exemple de BNP Paribas qui utilise Black & Mortimer. Il cite enfin Bouygues et ses actions de promotion utilisant Achille Talon
Enfin Claude de Saint Vincent cite deux autres spécialités du Groupe Dargaud : le Groupe Fleurus intervenant dans l’édition pour enfants et dans la presse catholique et un groupe de Presse loisirs créatifs éditant l’hebdo Rustica ainsi qu’une gamme de revues parmi lesquelles Cuisine et terroir, Détour en France, etc Deux grands défis pour les 10 prochaines années :
Le Groupe doit s’adapter au multi média et à Internet.
D’ores et déjà en effet 50% de la vente de livres a lieu sur les sites Amazon.fr et A la page.com, etc…
En second lieu une nouvelle génération arrive, celle des les 9/10 ans qui passent 2 heures par jour devant un écran internet et autant devant la télévision. Ceci laisse peu de temps pour la lecture de livres. Peut être ne liront ils jamais de livres... Déjà l’édition et la presse écrite souffrent. Dans la presse,un titre comme « Libération » va probablement disparaître, les ventes de Figaro diminuent… Dans l’édition, en 2005 le marché a connu une baisse de -2% et l’on s’attend à une baisse de même importance en 2006. C’est pourquoi le regroupement entre les Editions Dargaud et Dupuis comporte un grand avantage puisqu’il a permis une mise en commun des forces commerciales.
Quelques considérations pour terminer :
- Les éditeurs concurrents se détestent cordialement.
- les Librairies spécialisées contribuent à un marché rationnel, le Marché des auteurs est lui dans l’irrationnel
- Le festival d’Angoulême est une excellente manifestation pour recruter des nouveaux talents:les responsables de Dargaud interviewent des jeunes 5h/jour pendant 4jours (pour peut être ne retenir qu’un seul dessinateur !).
-La prochaine BD Black & Mortimer sort en 2007. Cette publication génère d’excellentes marges.
- La BD se lit sur 3 générations, les parents ont tendance à montrer à leurs enfants ce qu’ils ont aimé.
- Lucky Luke est un autre grand titre édité par une filiale du Groupe.
- la BD Blueberry a été créée en1963.120 000 exemplaires vendus. Toujours une valeur sûre pour le groupe
- Beaucoup de BD meurent. Au cours de leur vie éditoriale 2 ou 3 albums sont publiés. Puis le titre sombre dans l’oubli.
Une Anecdote
M. de Saint Vincent lorsque il était chez Arte avait figuré avec toute sa famille dans une pub pour Kellog’s. Une responsable de Dargaud le connaissait et l’a reconnu. Il avait le parfait profil pour le poste chez Dargaud . Elle l’a recruté.
Les commentaires récents